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Actualités

Edito février 2018

                    « Attente et attention » :
   
    Deux simples mots à même de constituer un programme annuel d’existence. On les retrouve dans Le chant du monde est là, testament spirituel de René Lenoir, grand  fonctionnaire de l’État connu pour son livre-enquête Les exclus, (1974) et qui vient de mourir en décembre dernier.
    Faire attention :  ne pas se disperser dans l’indifférence, concentrer son regard intérieur et se rendre capable de voir le détail comme l’ensemble. L’attention était pour la philosophe Simone Weil, la clef de toute étude et la condition de la prière. Rien ne lui paraissait aussi formateur que le sens du détail acquis en géométrie, en version latine ou en orthographe. Elle valorisait l’occupation précise qui unifie autour du travail  ou de la pièce de musique à interpréter ou à écouter. Chaque matin, renouveler son attention au présent. S’inviter, du coup, à être ‘’présent au présent’’.
    Homme et pigeon Venise1
    L’attente constitue une posture différente et complémentaire. Elle peut être aussi intense que l‘attention et demeure essentiellement une préparation, une simple disposition, un laisser-être.  Elle se veut une mise-en-paix de soi-même qui évite arrogance et tension et rendre possible ce ‘’neuf’’ capable d’advenir et pourtant in-attendu. La patience dispose à une vision  nouvelle qui vous advient sans crier gare. L’inattendu est de cet ordre : quand on ne l’attend plus, mais qu’on s’y est disposé.
    L’inattendu d’un visage politique plus jeune qui vient secouer un ordre  convenu, mélange d’arrivisme et de combine. La jeunesse bouscule.
    L’inattendu du Pape François qui vient défaire de tous les populismes frileux : « le seul homme de gauche sur la scène internationale » a-t-on pu écrire !
    L’inattendu des figures médiatiques qui curieusement, le temps d’un week-end d’Avent  font rentrer des millions de personnes dans  un climat de mystère et de profondeur silencieuse.
    Lors de la parution des prix littéraires de l’automne, l’inattendu de la qualité humaniste  et spirituelle de Bakhita, le roman de Véronique Olmi et l’attrait de Tiens fort la couronne de Yannick Haenel.
    L’inattendu, enfin, de ce travail de trois jeunes universitaires  faisant paraître un « Plaidoyer pour un nouvel engagement chrétien » (Bayard, 2017) qui ne manque pas d’allure. L’un d’entre eux, Jean-Victor Élie passera une journée à la Magnanerie à Pâques prochain. Autour de la transmission. Vers quel inattendu ?
    Relisant « Le chant du monde est là » de René Lenoir. Ce grand commis de l’état, retiré en Aquitaine, vivait désormais dans une attente de la lumière,  à la fois détaché de toute croyance et ouvert à la beauté indicible. Selon le mot de Simone Weil qu’il cite en finale de son livre : «  Ainsi aimons-nous la beauté du monde, parce que nous sentons derrière elle la présence de quelque chose d’analogue à la sagesse que nous voudrions posséder pour assouvir notre désir du bien. »

                            Joseph Thomas