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Actualités

Edito juillet-août 2018

Que disons-nous et que voulons-nous dire quand nous disons « Dieu » ?

 

Nous étions plus d’une trentaine à nous interroger au cours de la semaine de Pâques 2018 à MIRMANDE sur les manières dont nous nous représentons et dont nous nommons et parlons - ou pas - de la Source qui nous fait vivre. Nous n’étions pas dans une simple démarche intellectuelle - remuer des idées pour remuer des idées - mais nous avons partagé nos expériences, expériences qui touchent à l’essentiel. Un tel partage nécessite une recherche personnelle et ouverte qui engage notre intelligence et les différentes étapes de nos réflexions : s’interroger, douter parfois, quitter nos bricolages, nos idoles et nos sécurités, remettre en cause des certitudes et des représentations dont nous avons hérité ou que nous avons construites. Il s’agissait donc de « tenter de parler pour ne pas se taire » (Gérard Bessière) « sans trop en dire […] mais en dire assez pour évoquer ce qui, en [nous], est la réalité de ce que [nous vivons]. » (Marcel Légaut).

 

Pour ma part, sur ces sujets, j’ai été bousculé et accompagné par plusieurs auteurs (1) dont les principaux sont : R. Lenaers, J.A.T. Robinson, J.S. Spong, P. Tillich, D. Bonhoeffer, R. Bultmann, Etty Hillesum, Marion Muller-Colard, Maurice Bellet et Marcel Légaut. Ce qui m’impressionne chez chacun de ces auteurs ce sont trois postures fondamentales : leur honnêteté, leur humilité et leur exigence intellectuelle. « Chercher la vérité, d’où qu’elle vienne, quoi qu’il en coûte ! » (2) Ensuite, tous ces auteurs m’ont permis de mettre en route trois mutations ou de réaliser trois passages majeurs pour ma vie de foi et ma foi en Dieu :

 

Avec Lenaers, je suis passé d’un « Dieu-d’en-haut », d’un monde divin sur-naturel, souvent représenté au-dessus de nous et appelé « ciel » (l’hétéronomie) à un seul monde, le nôtre, qui réconcilie l’autonomie de l’être humain et la foi en Dieu (la théonomie). Mon univers mental s’est transformé !

 

 

Avec Robinson, Tillich, Bonhoeffer, Bultmann et Etty Hillesum, je suis passé du « Dieu-par-là » ou du « Dieu-au-dehors » au « Dieu-des-profondeurs », à la « profondeur de l’être » (P. Tillich). « Dieu, s’il « est », ne peut se trouver ni à droite ni à gauche, ni en haut ni en bas, quel que soit le sens que nous donnons à ces mots. » écrit Raimon Panikkar (3). Mes représentations, le confort de mes croyances ont été bousculés et, du coup aussi, les mots pour dire et chanter cette Source qui me fait vivre ont évolué.

 

Avec Spong, je suis arrivé à relativiser et j’essaie de dépasser ma vision théiste de Dieu, vision d’un Dieu « comme être surnaturel, surpuissant, résidant en dehors de notre monde mais capable de l’envahir, d’y pénétrer par des voies miraculeuses, pour bénir, pour punir, pour accomplir sa volonté divine, pour répondre aux prières et pour venir en aide à ces humains si faibles et si impuissants. » (2)

 

Avec Maurice Bellet et Marcel Légaut et leurs ami(e)s, je confirme et je mets en œuvre ces différents passages et, surtout, je les comprends mieux et, donc, je les « conscientise ». Autrement dit, ces deux auteurs m’aident à me poser régulièrement les questions suivantes : qu’est-ce que je dis, qu’est-ce que je veux dire quand je dis « Dieu » ? Quand et pourquoi est-ce que je nomme – ou pas – cette Source qui me fait vivre ? (4)

 

Bien sûr, le chemin n’est pas terminé : d’une part, ces passages sont toujours à faire et à refaire car l’héritage reçu et les représentations ont la vie dure ; d’autre part, d’autres mutations sont à réaliser car nommer « Dieu » aujourd’hui et demain est et sera toujours à interroger et à réinterroger. Par exemple, ces temps-ci, dans notre groupe Légaut, nous sommes invités, en lisant ensemble L’Autre Dieu de Marion Muller-Colard (5), à passer de l’infaillibilité du « Dieu-Gardien » de nos enclos et de nos sécurités à celui que l’auteur nomme « l’Autre Dieu » et qui invite au courage d’être (6).

 

Ces différents passages ne sont pas sans questions : 1. Que signifie alors aujourd’hui prier ? Ou, pour reprendre le titre d’un chapitre de John Shelby Spong : comment prier Dieu quand il n’est plus aux cieux ? 2. Quelle est la place et l’originalité de Jésus dans ce cheminement ? Je suis donc invité à de nouvelles recherches en revisitant avec ces questions les auteurs cités… et si vous avez des pistes intéressantes, n’hésitez pas me les signaler !

 

Voilà… une invitation à la réflexion, au partage d’expériences et quelques suggestions de lectures ou de relectures pour l’été !

 

Serge COUDERC

 

(1)    Cet édito est la mise en texte d’une partie de l’intervention orale de Serge Couderc sur le thème Comment parler de Dieu aujourd’hui ? lors de la semaine de Pâques 2018. Pour avoir des références plus précises ou même des extraits de textes des auteurs cités, vous pouvez le contacter à l’adresse suivante : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

(2)    Jésus pour le XXIème Siècle, John Shelby Spong, KARTHALA, deuxième édition juin 2015, pages 14 et 239.

 

(3)    L’EXPÉRIENCE DE DIEU, Raimon Panikkar, Albin Michel, édition de poche, 2014, page 20.

 

(4)    Sur le pourquoi, lire l’excellente et courte analyse de Marcel Légaut à la page 17 de Devenir soi et intitulée : L’espérance fondamentale au cœur de l’homme appelle la foi en Dieu.

 

(5)    L’AUTRE DIEU – La Plainte, la Menace et la Grâce, Marion Muller-Colard, LABOR ET FIDES, 2014.

 

(6)    LE COURAGE D’ÊTRE, Paul Tillich, LABOR ET FIDES, 2014.