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Actualités

Edito Décembre 2018

 Variations sur « lire, écrire et penser »

 

        Il aura tenu la plume jusqu’à ce qu’elle lui tombe des mains ;  ce qui survint dans la gare des bus, en Avignon, au retour d’ultimes  rencontres en Suisse. Trente ans déjà ! C’était hier. 

 

      La page « Pourquoi écrire ? », annexée à la fin de son dernier ouvrage,  Vie spirituelle et modernité, témoigne de cette détermination, qu’il eût nommée « persévérance ».

 Ce 6 novembre 1990, en effet, il lui fallait encore un an pour parachever l’ensemble. Incertain du lendemain, il m’avait dit en septembre : « Vous le publierez  ». De quoi s’agissait-il dans ce livre ? De rencontrer le « malaise » de  nombre d’adultes chrétiens. 

       Au CotMLTHrseNBMêlée aux liasses du manuscrit  qui me furent remises en ces jours, cette page était-elle un   projet de préface ou bien de postface ?  Avec cette esquisse en forme de  variations et fugue sur  «  lire, dire, écrire et penser » – l’auteur  revenait au thème central de   l’œuvre de sa vie : la foi, « pierre angulaire de notre humanité ». (voir L’homme à la recherche de son humanité,  chap. 1)

       Mystérieux feuillet où l’auteur manifeste comment se négocie l’élan vers le « mieux penser ». Des  jugements stricts, tempérés, délimités en quelques mots tels -  « peu, parfois, beaucoup », « souvent, pas à toute heure », signent un choix fondamental. Comme il  l’écrivait jadis dans une lettre à G. Thibon,  sa pensée n’est pas binaire (0/1 ou bien, vrai/faux), mais soumise à nuances et gradation. Non par virtuosité littéraire – « le pinceau chinois », que croyait pouvoir admirer  le  père F. Varillon,  mais  plutôt par  recherche  d’authenticité. 

 

       Lire peu et vraiment. Ne pas se soustraire à l’appel qui monte de certains  textes. Ecrire, moins pour progresser dans la découverte, que pour ne pas reculer devant le risque des mises en question.  Il y faut une liberté et un courage  qu’il  nomme « l’énergie qui nous fait penser ». La formule est superbe… Car ce qui se donne à penser ici, c’est la foi, au sens où lui l’entend, celle qui prend toute la vie.

 

 La fin du second paragraphe – qui semble être un projet plus qu’un « brouillon » - mérite des échanges au niveau où se situe  alors l’auteur : celui de l’affirmation absolue face au vertige du « vide ». Dès lors, le défi n’est plus de découvrir le sens de sa propre vie, d’en maîtriser en quelque sorte l’intelligence - ce qui serait de l’ordre de l’AVOIR.  En évoquant « le souffle », l’auteur  s’élève à un autre ordre, qui est spirituel et le mène au  refus de l’absurde, du néant.  

 

 Est-ce un au-delà de la « vie de foi » telle qu’il la pense ? La référence finale à l’Orient, au renoncement vécu jusqu’à l’extrême - inspirée peut-être de quelque passage du Journal d’Henri Le Saux (« La montée au fond du cœur. Notes intimes et Journal d’H. Le Saux », éd. OEIL, janv. 1990) – s’arrête sur la perspective du dépassement. Trois mots y suffisent, sans que la phrase se termine par un signe de ponctuation : Il fait entrer  

 

 Si nous pouvions « lire vraiment »  Légaut, alléger à notre mesure  le « malaise » fondamental qui pèse  sur notre temps, nos engagements, prolongeant le sien, relanceraient  l’appel qui aujourd’hui encore monte de sa vie.

 

                                                                                                                                                                                                                                      Thérèse De Scott

 

POURQUOI ECRIRE ?

           

On lit plus qu’on pense. Parce que lire dispense de penser, on lit beaucoup, de sorte qu’on pense peu. Lorsqu’on écrit beaucoup on est conduit insensiblement à répéter ce qu’on a déjà écrit, répétition qui n’est qu’une dilution de ce qui a été pensé de façon plénière dans le passé, de ce qui a été vécu avant d’être dit. Qui s’arrête de lire une page pour sentir monter en lui l’écho de ce qu’il vient de lire ? Qui reprend telle page une autre fois pour en goûter de nouveau – et ce sera de nouvelle manière – la vérité, directe, imperturbable, qui va plus loin que ce qui est exposé, que ce qu’on en comprend, si bien qu’on ne sait où elle vous conduira si on y correspond dans sa vie, qu’on en a peur tout en n’ignorant pas au fond de soi que si on ne va pas là où elle commence à appeler d’aller, la vie n’est plus que vasque, vide de n’être remplie que de ce qui y a pris place, parce qu’on l’a reçu sans le savoir ou qu’on l’y a mis pour s’occuper, en accumulant ses lectures.

Mais alors, pourquoi écrire, ce qui est vraiment écrire, puisque nul ne lit, ce qui est vraiment lire ? Pour mieux penser. Oui. Mais ne pense pas à toute heure l’homme qui pense. Mais penser, c’est souvent remettre en question ce qu’on a jadis pensé. Et jusqu’où cela va-t-il aller. Que nous restera-t-il à la fin si tout sans cesse se remet en question ? L’énergie même qui nous fait penser. Cette nécessité à laquelle nous nous sommes soumis au lieu de nous dérober. Cette foi qui n’est pas la foi qui se prêche, ou qu’on impose, ou qu’on pose a priori ne pas devoir être pensée. Cette « foi » qui me prend la vie jusqu’à me dépouiller de tout ce avec quoi j’ai cru vivre, de ce à partir de quoi j’ai commencé à vivre. Me restera-t-elle, elle qui sans cesse me file des doigts ? Ce souffle me restera-t-il jusqu’à mon dernier soupir ? L’accompagnera-t-il jusqu’à lui succéder ? S’il n’en était rien, rien ne serait de ce que je suis. Mais ma manière même d’instinctivement, de vitalement m’échapper à cette réalité ultime qui nie en moi toute réalité, m’affirme que, ne serais-je que cela, le sens de ma vie est de découvrir qu’elle n’en a pas.

            Haut sommet de l’humain, il a donné le vertige aux plus grands. Et de loin, mieux encore en Orient qu’en Occident, il a été le phare pour nombre de vies parmi les plus profondes qui se sont dépouillées de ce qu’elles avaient de plus humain pour être dignes de ne plus être, c’est-à-dire de se dégager du cycle sans cesse repris des « renaissances ». Renoncement qui, paradoxalement, aide à vivre ceux dont la vie est encombrée, il est un sommet qu’il faut encore dépasser car il fait entrer

 Vie spirituelle et modernité – Marcel Légaut

Entretiens ultimes avec Thérèse De Scott p247