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Actualités

Quelques nouvelles février 2018

MEDITATION avec Marcel Légaut - La Messe

Relativiser tout ce qui nous a été donné jusqu’à présent comme sacré, c’est un énorme pas qui n’est pas à conseiller à tout le monde. Moi, je suis parti d’un monde sacré et pendant très longtemps j’ai cru que ce sacré n’avait qu’à se développer harmonieusement avec les fidélités des membres de l’Eglise, pour que d’une certaine façon il se perpétue. J’ai peur qu’actuellement, les fidélités qui nous sont demandées soient nécessaires mais elles nous conduiront à des événements qui, vus du dehors, apparaîtront comme des catastrophes. Au fond, quand je dis « relativiser le sacré », cela veut dire que nos évangiles, les épîtres pauliniennes, enfin tous les écrits que nous avons considérés comme le point de départ ne sont que des approximations limitées, très marquées par les temps et les lieux, d’une réalité que chacun a essayé d’approcher mais qu’il n’a pas atteinte. De sorte que se manifeste, si vous acceptez la relativité, un abîme entre ce que nous dit Jésus et ce qu’il a été. D’autre part, qu’est ce qu’il a été si nous ne partons pas de ce qu’on a dit de lui? Ce qui suppose de notre part un cheminement personnel qui est à nos risques et périls et qui, par certains côtés va dans la nuit, oui, dans la nuit. Si cela ne peut pas être, rien ne peut être pour moi car j’avoue absolument abandonner l’idée, ce qui n’était pas tellement vrai jadis, d’une sorte de religion de l’humanité comme Loisy a pu en parler ou une religion du progrès humain comme Teilhard l’a fait. Je ne puis plus du tout entrer dans les perspectives qu’ont eues jadis nos anciens pour comprendre ce que Jésus a vécu. Or la messe est précisément une conséquence de ça. Une ressource existe tout de même, une petite ressource. Le meilleur du christianisme, voyez-vous, c’est son paganisme, c’est à dire cette religion viscérale qui se trouve au coeur de chacun qui fait que lorsque nous sommes atteints dans nos oeuvres vives, nous avons un sursaut qui se manifeste sous une forme ou sous une autre, à la fois de révolte et de vitalité qui bouleverse toutes les idées, toutes les théories qu’en temps normal les théologiens font. Nous sommes face à l’abîme. Au fond, si le christianisme a demeuré ce n’est pas grâce à ses doctrines, les chrétiens les ignorent, c’est à cause de cette religiosité viscérale qui nous habite au plus profond, disons dans les tripes. Le christianisme l’a utilisé dans ses cérémonies. Lorsque nous allons à une belle cérémonie, visitons une cathédrale, ce n’est pas le christianisme dans son originalité propre que nous approchons mais cette religiosité viscérale. Nous la trouverions sans doute dans d’autres religions sous des formes vraisemblablement fort différentes vu que les univers mentaux sont différents. C’est la base sur laquelle nous avons à construire, comme nous avons à construire sur nos instincts fondamentaux quitte à savoir que ces instincts fondamentaux viennent d’une singulière jungle parce que c’est à partir de ça que humainement parlant, en les spiritualisant, en les humanisant, on arrive à quelque chose de spirituel, voyez-vous, alors voilà l’idée.

 

               Quand je regarde mes livres je me dis: tout ce est dépassé. Non, non je n’oserai plus les écrire. Le chapitre « faites ceci en mémoire de moi » , lorsque je l’ai écrit, c’était en avance. Maintenant, c’est dépassé parce que ça ne correspond pas à la dimension des choses telles que maintenant nous pouvons les entrevoir à partir de l’expérience que nous avons. L’idée que les premiers disciples se soient rassemblés pour revivre ensemble les heures solennelles de la fin, c’est certainement faux historiquement. L’idée qu’ils se soient rassemblés pour préparer le repas ultime des noces célestes, la parousie, c’est probablement beaucoup plus vrai. Lorsque les choses se sont tassées, que la parousie foutait le camp dans l’espace, on est retombé tranquillement et très spontanément à une religion du sacrifice, plus ou moins inspirée par les paganismes ambiants et très vite puisque les épîtres pauliniennes (Corinthiens) considèrent déjà ça comme la tradition. Alors quand dans mon livre je dis «  nous allons nous retrouver ensemble, vivre ensemble ce qui a été fait ensemble il y a 20 siècles par Jésus et ses disciples », je crois que c’est vrai, mais c’est en dehors des perspectives historiques et c’est même en dehors de nos possibilités. Censés être disciples nous nous rassemblons pour essayer de vivre ensemble avec ferveur et profondeur ces heures solennelles mais nous ne sommes pas des disciples, nous ne sommes que des chrétiens. Notre vie est nécessaire pour devenir disciple: sortir du climat euphorique de la doctrine pour entrer dans le réalisme plus ou moins inhumain, atroce de l’histoire de Jésus ça demande toute une vie et encore faut-il commencer. Faire ensemble une telle cérémonie ça ne se commande pas. Le dernier soir n’a pas été commandé. Cela doit venir.

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