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Actualités

Quelques nouvelles mai 2018

L’INTELLIGENCE DE SA MORT

L’homme à la recherche de son humanité.

Aubier- ChIV- p65, 66,67

La mort, contrairement à l’amour et à la paternité, n’est au bout d’aucun instinct.

                Pour nombre d’hommes, la paternité accomplie n’a même pas la consistance d’un mythe, car ils ne peuvent la concevoir à partir de ce que leur père a été pour eux et de ce qu’ils sont pour leurs enfants. La mort est encore plus étrangère à leur réflexion tant qu’ils ne la voient pas s’approcher d’eux de façon menaçante. Elle est cependant partout et sans cesse devant leurs yeux. Elle passe et repasse toujours plus près d’eux. Elle frappe non seulement l’inconnu anonyme, mais l’être avec qui ils ont beaucoup vécu. Pourquoi leur est il si difficile de porter réellement leur condition mortelle? Sans cette connaissance profondément vécue, l’homme ne peut être adulte.

               MLEcrivant Instinctivement, à partir de l’animalité, l’homme s’élève jusqu’au niveau où l’amour commence à se manifester dans son originalité humaine. La paternité charnelle quoique plus faiblement, le met aussi, quand il y correspond pas à pas avec fidélité, sur le chemin d’une paternité plus totale. La mort au contraire prend l’homme à revers et le laisse sans recours, muet et en suspens, devant l’abîme de l’impensable. Spontanément, le vivant se détourne d’elle et de tous les processus qui y conduisent. Sa sensibilité la refuse. La mort reste pour lui une abstraction. Il ne la conçoit que comme celle d’un autre, par un dédoublement de lui-même qui supprime ce qu’elle sera pour lui quand elle le concernera directement. La prise ce conscience par l’homme du fait qu’il mourra, l’acceptation réaliste de cet évènement qui transcende tous les autres, la compréhension des conséquences capitales  que cela comporte dans sa vie, l’intelligence  du sens de sa propre mort exigent une vitalité spirituelle vigoureuse et ne se produisent qu’aux instants exceptionnels de lumière. Elles ne peuvent naître qu’en la partie la plus recueillie, la plus réfléchie de son humanité. Elles sont hors d’atteinte quand l’homme fonde sa réflexion exclusivement sur l’expérience brute au niveau des évidences et des émotions, des actions et des réactions, quand il se refuse aux recherches plus personnelles qui sont exigées de chacun pour s’entrevoir dans sa totalité.

                La société, en l’occurrence, n’est d’aucun secours. Tout au contraire, elle pèse sur ses membres et les distrait d’une telle connaissance qui prélude au déclin de son règne sur eux. Quand la mort s’approche, la société s’écarte, elle abandonne l’homme et le laisse à lui-même dans une solitude où elle n’a pas accès. Quand elle parle de la mort, ce n’est que statistiquement ou d’une façon générale et abstraite. Quotidiennement, elle étouffe les pleurs et les cris qui l’accompagnent sous le bruit de ses activités et des promesses, voire de son éloquence. Elle passe sur le corps des morts, s’en sert quand cela lui est possible, et, imperturbable, continue son chemin.

                Ni l’animalité, ni la société ne portent l’homme à se penser mortel. Elle le confinent dans une insouciance et une ignorance protectrices. Il est remarquable au contraire que l’amour et la paternité l’y prépare.                         

                                                                                                                                                             …/…