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Actualités

Quelques nouvelles juin 2018

L’INTELLIGENCE DE SA MORT

L’homme à la recherche de son humanité. Aubier- ChIV- p 67, 68

L’amour et la paternité préparent la connaissance réelle de la mort.

               MLLivreBien avant que, par son approfondissement personnel, l’adulte ait trouvé les ressources de conscience et de volonté qui lui permettent de porter sa mort de façon habituelle, l’amour et la paternité lui donnent l’occasion de la découvrir avec réalisme.

               Tout ce qui arrive à ceux que l’homme aime comme lui-même : naissance, mariage, épreuve, mort, prend pour lui, spontanément, une importance considérable, l’émeut et lui ouvre les yeux sur sa propre condition mieux que ne saurait le faire au début, sa seule réflexion.

               Devant le berceau de son nouveau né, le père, par une prise de conscience intense du début d’une vie qui lui est si proche, peut être conduit à penser à la mort. En cette heure marquée par un commencement absolu, l’homme suffisamment conscient dépasse une connaissance purement objective de l’événement. Il le singularise. Il se l’approprie. Il l’insère dans la trame de sa vie intime. Il se hausse à des vues qui le portent à considérer la mort d’une toute autre manière qu’en temps ordinaire. Naissance et mort s’appellent. Ne sont elles pas les deux situations limites au-delà desquelles toute pensée n’est qu’imagination vaine?

               Le mariage de l’enfant rompt toujours l’intimité très particulière de la communauté familiale dont le père et le fils ont longuement vécu intérieurement, souvent à leur insu. Il est aussi pour eux l’occasion de toucher les frontières de la vie. Le père les pressent mieux que le fils, trop absorbé par l’avenir qui le sollicite. Quelque chose qui touchait de loin sans doute, mais encore très réellement en lui, l’essentiel est définitivement terminé. En passant ce seuil, le père découvre ce que d’ordinaire il ne sait que de façon abstraite, aux rares instants où il a pris l’initiative d’y réfléchir; sa marche solitaire, sans trêve et sans retour, vers cet autre seuil inévitable : la mort.

 

               Les dangers qui menacent l’être qu’on aime, plus puissamment sans doute encore les épreuves qu’il rencontre, surtout celles où l’on ne peut pas l’aider directement, surtout celles qui sont subies dans la faiblesse, ou qui écrasent et même dégradent, sont aussi l’occasion de mesurer à son poids réel le tragique latent de la vie, toujours prêt à surgir. Déjà l’époux ou le père sent peser ces menaces sur ses épaules plus lourdement que s’il était visé directement. On appréhende la déchéance physique ou psychique, la mort de l’être aimé plus que les siennes propres. Combien d’hommes âgés, expérimentés dans beaucoup de domaines, n’ont commencé à connaître la mort et à réfléchir à la question qu’elle leur pose, que lorsqu’ils ont été touchés profondément par elle dans leur amour conjugal ou paternel!

               L’homme est acculé aussi à penser à la mort quand il la voit de près dans les circonstances tragiques qui par leur dimension relèvent du cataclysme, lorsque l’horreur fait son oeuvre dans la masse humaine avec la puissance invincible et déshumanisante des déterminismes. Mais alors, comme précédemment, malgré la profondeur des impressions reçues, à cause de leur violence qui ne lui laisse pas la possibilité de s’en dégager et d’y penser dans le recueillement, l’homme ne découvre la mort que du dehors. La mort n’est qu’une rupture et une fin. Elle ne regarde la vie qu’en la terrassant. Elle reste étrangère à ce que cette vie a été. Elle ne la conclue pas, mais la brise.

               Cette mort, purement phénoménale, qui menace l’homme comme elle frappe ceux qu’il aime, ou ceux qui tombent dramatiquement à ses côtés est de l’ordre de ce qui détruit tout vivant. Elle n’est que le résultat brutal des lois aveugles qui règnent sur la matière.

                                                                                                                      …/…