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Actualités

Quelques nouvelles septembre 2018

                                                                                                                    

L’INTELLIGENCE DE SA MORT

 L’homme à la recherche de son humanité. Aubier- ChIV- p 70,71, 72.

 Nature et valeur des intuitions qui permettent la connaissance de ce que la mort ne peut détruire.

 

  La durée et la consistance de ces prises de conscience perpétuées par l’activité du souvenir, l’homme ne peut pas les considérer seulement comme l’effet illusoire et sans valeur de quelque autosuggestion due à une sourde exigence sentimentale. Autrement, il lui faudrait mettre en question les états antérieurs vécus le plus intensément au plus authentique de lui-même dans ses meilleurs moments, s’installer dans le doute à leur égard jusqu’au point de se renier. Il lui faudrait discréditer, pour quelque raison supérieure, explicitée ou non, ce dont pourtant, aux sommets de sa vie, il n’a pas besoin de se convaincre pour en être certain. Ne serait-ce pas en vérité à cause de quelque assurance non critiquée, de quelques refus informulés, qui en conséquence ne sont probablement encore que faiblesse et préjugés? Dans ces conditions tout ce que l’homme sent au plus profond de lui-même, tout ce qu’il connaît d’une connaissance immédiate ne pourrait échapper au soupçon d’inanité et relèverait du hasard et de l’illusion.

 

               Celui qui nourrit une telle suspicion croit être objectif alors qu’il s’appuie, souvent de façon implicite, sur un postulat accepté sans examen, parfois souscrit avec une  secrète passion. D’autorité, ce postulat assimile toute intériorité, même la plus profondément vécue, à une subjectivité aléatoire et transitoire. Erigé inconsciemment en certitude absolue, ce postulat conduit à exclure toute réflexion portant sur une saisie de l’humain qui n’atteindrait pas son objet du dehors et qui ne relèverait pas uniquement de l’observation ou de l’expérimentation systématiques.

 

              FeuillesStyliss En revanche, repousser ce postulat strictement négatif revient à admettre qu’une prise de conscience faite à partir d’une réalité intime fortement vécue ne révèle pas exclusivement d’imaginations chimériques. Cependant, ce n’est pas pour autant contester que la fabulation puisse y avoir sa part. Celle-ci peut certainement être considérable quand l’homme gît encore très à la surface de son humanité à cause de son ignorance et de la dispersion de sa vie; quand, soumis sans réaction à la pression sociale, asservi à l’esprit de système et au sectarisme, absorbé par une recherche éperdue de sécurités et de certitudes, il se trouve dans l’impossibilité de voir le réel sans le travestir. Toutefois, cette fabulation ne saurait exclure nécessairement pour toujours quelque saisie du réel. Si minime et déformée que celle-ci soit, elle peut être corrigée, au moins en partie, progressivement à longueur de temps, à force d’être confrontée durement à l’expérience quotidienne, à mesure que l’homme devient plus lucide sur lui-même, qu’il critique avec plus de vigueur ses intuitions et la manière de les expliciter.

 

 

               En refusant ce postulat qui discrédite radicalement toute intériorité, on affirme l’unité de l’être humain : il existe pour chacun une relation directe et inéluctable entre ce qui est lui-même, ses prises de conscience premières et sa manière d’y correspondre. Telle est l’origine des options fondamentales de l’homme; il ne pose pas ces affirmations sur l’essentiel de ce qu’il est comme des axiomes abstraits. Elles s’imposent à lui autant qu’il les tire de lui tellement il est directement, vitalement intéressé par elles. Ces options fondamentales puisent leur vigueur, non de l’évidence qu’on leur accorde ou de l’autorité dont elles se réclament, mais de l’être  même qui les prend et aussi les subit encore davantage, tellement elles sont siennes. Elles manifestent cet être dans sa réalité profonde. En les posant, il se dit et s’affirme en face du sensible qui le cerne de toutes parts et qui le presse avec une puissance presque invincible.

 

               La prise de conscience par  l’homme de ce qui est stable et consistant en lui, l’option fondamentale que cette prise de conscience n’est pas illusoire et correspond à une saisie véritable du réel malgré l’ambiguïté propre à toute action humaine, sont à l’origine de l’affirmation que la mort pour lui ne sera pas seulement une fin. Ce défi à toutes les apparences, à toutes les évidences est porté au nom de la durée et de la consistance que l’homme a entrevues de façon indubitable dans sa vie, en particulier grâce à l’amour et à la paternité. Ce défi abrupt lui permet, s’il reste fidèle à ce qu’il atteint aux heures de lumière, d’affronter en pleine conscience la pensée de la mort sans l’assimiler à l’anéantissement. Il saura affirmer contre tout ce qui le nie cet être qu’il sera, quel que soit le chemin qu’il aura à suivre pour l’atteindre, si impensable qu’en soit l’aboutissement. Sans se référer à aucune théorie philosophique, à aucune doctrine religieuse il le fera autant que le lui imposera sa maturation humaine, autant que celle-ci lui permettra de se tenir ferme dans cette affirmation.