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Actualités

Quelques nouvelles octobre 2018

 L’INTELLIGENCE DE SA MORT

 L’homme à la recherche de son humanité. Aubier- ChIV- p 72,73,74.

 L’amour et la paternité ne présentent pas dans leur progression spirituelle  des difficultés comparables à l’affirmation qui affronte la mort.

 Contrairement à l’amour et à la paternité qui promettent clairement dans l’euphorie du bonheur initial ce que l’homme aura à redécouvrir et à réaliser, d’ailleurs tout autrement, le long de sa vie par de rudes ascensions spirituelles, la mort n’est d’abord, quand on l’entrevoit concrètement pour soi, qu’un bloc dur et informe qui écrase et se tait. Sans être aidé ni même sollicité par quelque pente instinctive, l’homme doit recevoir et tirer uniquement de soi la lumière qui lui permettra de s’approprier la mort et de lui trouver le sens particulier qui, pour lui exclusivement, la transfigure.

 

              HiverLumire
La foi qui rend possibles les développements de l’amour conjugal, celle qui permet à la paternité de s’approfondir dans son originalité, exigent déjà une réelle intériorité. L’homme doit savoir dépasser quotidiennement ses impressions du moment où s’inscrive les évènements. Il lui faut surmonter ses fatigues et spécialement celles qui pèsent, sans qu’immédiatement il le sache, sur ses comportements, comme aussi les souffrances particulièrement aigües et envoûtantes qu’il ressent à l’égard de ceux qu’il aime ou en qui il doit croire. Cependant, les apaisements de l’intimité y aide pour l’ordinaire. Sans doute, lors de certains cas extrêmes, il lui faut se dépasser soi-même, s’affirmer désespérément dans la patience contre la violence qui monte en lui, affirmer son espérance contre tout espoir vraisemblable. Ne lui semble-t-il pas alors jouer son unique vie, qui chaque jour s’écoule sans retour, dans une partie perdue d’avance? La dépossession de soi exigée alors devient presque totale. Pourtant même dans ces conditions, la foi conjugale et la foi paternelle sont indirectement soutenues par l’élan vital, cette base charnelle de l’espérance. En effet, l’adulte se sent menacé de destruction définitive dans quelque aptitude essentielle de sa nature, quand il est tenté de nier l’amour ou la paternité qu’il a réellement connus, qu’il a intensément vécus. L’esprit et la chair elle-même reculent devant un tel gouffre, lorsque l’homme est suffisamment conscient de ce qui ainsi sombrerait en lui sous l’effet d’une telle négation. Jamais plus il ne saurait être père comme avant. L’absolu qu’il met consciemment ou non dans l’amour et la paternité s’écroulerait. Il ne pourrait en conserver que les fonctions finalement passagères. D’ailleurs celles-ci demeurent relativement superficielles et même souvent sont condamnées à être rapidement abandonnées quand les évènements y forcent ou même seulement y invitent.

 

 

               Pour être portée dans l’honneur, avec le poids de  souffrances et de déchéances qui la préparent, la mort est plus exigeante que l’amour et la paternité. Elle s’annonce sous la forme des diminutions et des humiliations de la vieillesse, par une dépossession physique et psychique croissante, irréversible, de plus en plus totale. Désormais, nulle affectivité ne parvient à faire franchir l’abîme qui peu à peu se creuse entre le mourant et les vivants. L’homme s’éloigne à jamais dans son isolement, enveloppé dans sa solitude comme d’un linceul ( cette solitude qui fut toujours sienne, mais qu’il a longtemps ignoré, dont il a peut-être refoulé jadis la conscience, car elle exigeait de lui ce qu’alors il refusait : le sérieux et le tragique d’une vie lucide, l’acceptation de ce qu’elle comporte de grandeur vertigineuse). Les souvenirs de son passé, même les plus attachants, si fortement conservés qu’ils puissent être encore par sa seule mémoire, tendent à perdre toute valeur à ses yeux. Sans doute, si l’intelligence lui est laissée jusqu’à la fin, si elle n’est pas obscurcie par quelques réflexes de défense, combleurs de vide, à la limite il ne saura échapper à la vision de l’intégral abandon du sensible et du rationnel, à la perte sans retour de tout chemin et de tout but, à la radicale absence de communication où il va sombrer de façon imminente. Seul lui restera ce qu’il est alors en lui-même, envers et contre tout, dans sa solitude fondamentale : l’affirmation de sa propre valeur et de son ordre propre; l’affirmation nue, première et ultime, sans cesse à reprendre, impérieusement nécessaire de la foi en soi.

 

               Avec la mort sonne l’heure de vérité. Lorsque les hommes restent lucides jusqu’à la fin, ils meurent comme ils ont vécu réellement. Les uns le font dans l’hébétude animale ou l’inconscience infantile, les autres au degré où ils se sont élevés dans l’être tout au long de leurs jours. Ces derniers savent, comme ils savent vivre, que finalement, sans en connaître le mode, au-delà du vide que les sens et la raison ne franchissent pas, ils s’atteindront parce qu’ils sont.