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Actualités

Quelques nouvelles Décembre 2018

L’INTELLIGENCE DE SA MORT

 

L’homme à la recherche de son humanité - ChIV :  p 76,77. Aubier

 

 L’activité du souvenir transcende la mémoire (partie 1).

                Se souvenir est beaucoup actif et synthétique que se rappeler. Dans l’un et l’autre cas, la mémoire intervient. Elle fonctionne avec ses mécanismes propres et reçoit l’aide de tout ce qui les favorise pour tirer de l’oubli ce qu’elle a enregistré dans ses archives. Elle ne fournit cependant que la matière sur laquelle oeuvre l’activité spirituelle du souvenir.

                RacinesSquoiaLe souvenir en effet n’est pas seulement le rappel aussi exact que possible par la pensée et le sentiment d’une situation antérieure. Il est un alliage où se fondent à la fois ce qu’on a vécu jadis, ce qu’on a vécu depuis, ce qu’on est maintenant. Il n’est donc pas objectif comme la relation impersonnelle d’un fait historique quoiqu’il ne renie en rien en ce que la mémoire lui fournit. Aussi, le souvenir d’un événement passé évolue-t-il avec celui qui se souvient sans que soient nullement mise en cause l’exactitude de la mémoire et  la sincérité. Il s’approfondit ou au contraire se dissipe avec l’homme.

 

                Il est des souvenirs dont l’homme n’est plus capable parce qu’il n’en est plus digne. Quant l’être est impuissant à conserver certains événements de son passé parce qu’il ne peut plus leur donner une qualité humaine compatible avec ce qu’il est devenu, sa mémoire ira jusqu’à les refouler instinctivement au-delà de son horizon; son souvenir les déformera pour les rendre plus conformes à son état présent. Inversement, des faits ou des états passés, longuement frappés d’interdit ou seulement négligés, parfois même jamais remarqués, enfouis dans leur contexte d’origine, apparaissent quand l’homme se trouve dans une situation spirituelle lui permettant de vraiment les saisir dans leur profondeur à leur véritable niveau, et de les faire siens.

 

                Mieux un être a pris possession de son humanité, moins sa mémoire se montre rétive. Aérienne, et comme libérée de secrètes entraves, elle s’ouvre sans réserve à l’activité du souvenir. Ses matériaux l’appellent les uns les autres,  se donnant mutuellement appui pour revenir à la lumière, non pas tellement par le mécanisme de l’association des idées que grâce à la cohérence interne qui les unit.

 

 

                Plus un homme est spirituellement vivant, plus par l’activité du souvenir il imprime sa marque aux données de la mémoire. Il transfigure les matériaux livrés par elle. Il les modèle et les prolonge. Il modifie leur ordonnance, leur présentation, voire y ajoute ou en retranche sans cependant les falsifier en rien. Il les enracine plus profondément dans la trame de sa vie, voit mieux leurs causes et leur portée, leur relation avec ce qui est arrivé avant et avec ce qui est survenu depuis. Il rend ainsi plus manifeste que ne le ferait un strict compte-rendu, leur signification jadis ignorée ou méconnue, mais qui attendait pour s’imposer l’apport de ce qui viendrait après.

 

                Par cette action, le souvenir donne à l’homme une intelligence plus complète de son passé. Celui-ci n’est plus seulement une collection de faits se succédant de manière accidentelle ou déterminés les uns les uns par les autres de façon rigoureuse, mais sans référence aucune avec l’être qui en fut le carrefour et aussi le siège actif. L’homme fait ainsi la synthèse de toutes les impulsions qu’il a reçues et coordonnées, consciemment ou non, par sa vitalité spirituelle. Maintenant, leur multiplicité se compose sans déperdition en un seul mouvement stable orienté vers son but même et comme guidé par lui.

 

                L’homme se reconnaît non seulement conséquence mais d’une certaine façon indirecte origine, sans être cependant la cause, de tout ce qui est arrivé. Il marque du sceau de son être l’ensemble des faits enregistrés par la mémoire. Du domaine de sa vie, il les faits passer dans celui de son existence, où les événements s’agencent entre eux, se complètent et s’expliquent, se revêtent en filigrane presque d’une intention en fonction de celui qu’il est. Ainsi il se les approprie et les rend siens d’une façon nouvelle.