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Actualités

Quelques nouvelles mai 2019

L’HOMME À LA RECHERCHE DE SON HUMANITÉ.

ChIV : L’INTELLIGENCE DE SA MORT  / Sous-Chapitre II , 8 et 9ème sous-titres:

 

 « L'intelligence de sa vie prépare celle de sa mort » ( p 83. Aubier)

 

Ainsi, l'homme entrevoit le terme de son long chemin déjà inscrit en lui comme en filigrane dès son départ. Sa mort elle-même lui apparaît peu à peu dans son originalité propre. Il en comprend la nécessité non pas biologique mais spirituelle, d'autant mieux que, saisissant le sens profond de son existence, il découvre que celle-ci exige de lui pour s'accomplir une dépossession de soi toujours plus totale. Dépossession de soi et intelligence de « sa mort » grandissent ensemble. Elles s'aident à s'établir en lui. Sa mort est ainsi pour lui plus que la mort. Nul autre ne saurait mourir de cette mort. Elle est sa mort ; elle lui est essentielle. Sans doute comme toutes les morts elle brisera son corps. Elle pourra le submerger et le défigurer aux yeux de ceux qui ne voient que les apparences. Cependant, elle sera l'aboutissement de son existence. Grâce à son cheminement spirituel, il n'ignore pas que sans elle il ne saurait s'atteindre dans sa totalité, là où la vie fait encore écran par les distractions et les préoccupations qu'elle impose. Il n'ignore pas qu'il portera, par elle, le fruit qui se formait lentement en lui et qui autrement ne serait pas parvenu à maturité.

 

 «  La mort quand on la fait sienne permet, mieux que la vie, la communication de l’essentiel » ( p 84, 85. Aubier)

 

 Plus un homme progresse dans l'approche de son être et prend ainsi conscience de sa solitude fondamentale et de sa singularité, plus il mesure son impuissance radicale à communiquer à autrui, par son initiative et directement, l'essentiel de ce qu'il a vécu.

 

Cet essentiel sans doute lui est encore caché en partie. Il est dissimulé et presque trahi par les vestiges des étapes mais aussi des détours du chemin parcouru. Il se glisse sous le contingent, il se fond dans l'occasionnel. D'autre part, l'homme le voile et même le déforme par la manière dont il l'exprime, incapable qu'il est de le dire sans omission et avec exactitude, toujours dans la dépendance de son état intérieur, toujours sous l'influence de son interlocuteur. Il le pressent seulement sans pouvoir vraiment le saisir et pleinement le communiquer. C'est cependant grâce à cet essentiel, qui a valeur universelle, que l'homme impose quelque caractère absolu à ce qu'il affirme et s'efforce de dire.

 

Mais il est une autre raison qui rend impossible de réaliser dans la plénitude cette communication, pourtant indispensable pour celui qui reçoit comme pour celui qui donne. Les vivants ne font que se côtoyer. Ils ne s'aperçoivent que de loin, même s'ils vivent très près les uns des autres. Sauf des exceptions précieuses, ils ne s'entendent pas réellement, tout en croyant s'écouter. Ils usent des mêmes mots et parlent des langues différentes. Ils se pressent les uns contre les autres et pourtant se repoussent instinctivement, non seulement parce qu'ils sont peu assurés de leur propre consistance et se défendent les uns des autres, mais aussi parce que leur structure exige qu'ils se fassent eux-mêmes ce qu'ils sont, pour être vraiment. Aussi plus le fruit d'une vie tire sa sève des profondeurs de l'homme et relève de l'universel, plus, pour être utilisé convenablement par autrui et entrevu par lui dans sa portée véritable, il doit être détaché de la branche où il a mûri. Il doit être saisi, arraché en passant, emporté au loin. Quand ce message est devenu idéologie conforme à la mentalité du temps grâce à des présentations et même parfois à des apports qui lui sont étrangers et qui en partie le contrefont, alors seulement il devient nourriture.

 Arbre horizon

L'homme doit franchir le seuil de sa mort pour être la source d'un rayonnement capable de passer les obstacles qui lui sont inéluctablement opposés et pour déborder l'influence directe qu'il a pu avoir pendant sa vie. Aussi attend-il de sa mort la manifestation de ce qui a été le viatique de son existence. Mais en outre il sait, sans pouvoir en imaginer le mode, qu'il connaîtra alors une activité nouvelle, toute mystérieuse qu'elle reste pour lui actuellement. Il tire cette certitude de sa propre expérience : plus les biens spirituels sont élevés, plus ils appellent et suscitent en les êtres qui les accueillent la présence de celui qui les a tirés de sa propre substance. C'est ainsi seulement qu'ils ne dégénèrent pas mais qu'au contraire ils se développent dans ces hommes au-delà même des horizons nouveaux qu'ils leur ont fait connaître.

 

Aux yeux d'un être humainement adulte, la mort n'est pas seulement la fin entrevue de ses jours, compris dans leur esprit et leur dynamisme fonciers. A travers ce qu'il est déjà, il pressent qu'il n'atteindra totalement l'être vers lequel il s'achemine que si, par sa mort, il se livre sans retour. Il ne se joindra à lui-même de façon plénière qu'en se laissant découvrir dans le don illimité, définitif, passif mais singulièrement opérant, de ce qu'il est ; don qui prolongera son action dans et par les quelques êtres qui en seront transformés et comme portés au-dessus d'eux-mêmes. Bien qu'il appréhende la mort comme aucun, quand l'heure en est venue, il l'accueille dans l'espérance.