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Devenir disciple de Jésus (9)

Enfin c'est la confrontation avec les trois grands de ce monde. On n'a pas l'impression qu'il ait beaucoup fréquenté les autorités de son temps pendant les mois de sa vie publique. La première est la confrontation avec Hérode, ce n'est rien, n'insistons pas. La confrontation avec Pilate, c'est un petit peu mieux, un brave type, haut fonctionnaire et il fait comme tout haut fonctionnaire, il essaie toujours d'arranger les choses avec le minimum de frais. C'est tout de même un homme qui croit aux songes de sa femme. Mais la grande confrontation, la confrontation éternelle, le sens de sa vie, c'est la confrontation avec le Grand-Prêtre, la confrontation entre deux autorités qui se réclament de Dieu. L'autorité du Grand-Prêtre avec, derrière lui, des siècles d'un peuple religieux, élu de Dieu, et l'autorité de Jésus qui monte en lui sans aucun papier pour la justifier, la sienne. L'autorité qui conserve ce qu'elle a reçu en se conservant et l'autorité qui crée en se livrant. Cette confrontation est éternelle et sera toujours dans l'Église. En elle il y aura toujours ces deux autorités qui seront face à face, l'autorité qui conserve en se conservant et l'autorité qui crée en se livrant.

La croix, la mort de Jésus sur la croix, tout ce qui lui avait été donné concrètement, histori-quement, pour prendrepetit à petit conscience de sa mission, de sa grandeur, ces succès, cette puissance qui sortait de lui, cet écho qu'il trouvait dans les cœurs... tout cela lui est enlevé. Il meurt nu sur la croix. Mais la vraie nudité de Jésus n'est pas dans la nudité de son corps, elle est dans la nudité de sa foi. La foi se justifie elle-même, elle peut s'aiderdes événements, des rencontres, des circonstances, de la société, de l'Église même, pour naître, mais en véritéla foi de cette grandeur unique peut s'engendrer elle-même en Dieu, où elle relève de Dieu.

Et après, cette chose singulière, comme dit l'Écriture, ce renversement singulier, qui fait que, dans la mentalité desdisciples, ce qui était une fin tragique devenait un commencement. Ce qui est objectif dans la résurrection, laPentecôte, dans tout ce qui s'est passé après la mort de Jésus, dans tous ces charismes singuliers, c'est queces hommes, après avoir cru que c'était la fin dans le désespoir, sans que rien de l'extérieur soit changé,découvrent que cette fin est un commencement et toute l'Église en est née. Ce qui est objectif dans tout ce qui s'est passé après la mort de Jésus, c'est cette radicale transformation de mentalité qui fait que le désastre devient unevictoire. Et tout ce qui est subjectif, toutes les manières dans tout ce qui s'est manifesté à travers la chair, la vue,les sens, à travers l'émotion et que l'on découvre à travers les charismes.

Voilà comment moi, je vis Jésus. Je le vis à mes risques et périls mais je pense que, si bien des détails peuvent êtrefaux, si bien des choses ne sont pas encore vues, l'ensemble doit être à peu près vrai. En tout cas, c'est ainsi pour moi et c'est ainsi que Jésus m'est présent. Cette présence est d'un tout autre ordre que la leçon de catéchisme que j'ai pu apprendre jadis et que je pourrais répéter avec conscience tout au long de ma vie. Plus je vis ce que je dois vivre, plus je suis mu par ce que je dois vivre, plus je comprends par le dedans ce que Jésus lui-même a vécu. C'est ce que j'appelle « être disciple ». (fin)

Marcel LÉGAUT - Bruxelles 1976
Articles et Conférences - Ed. Xavier Huot
Cahier 8, Tome II p.279-280