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Bienvenue

imagebienvenueL’Association Culturelle Marcel Légaut a pour mission de transmettre la pensée de  Marcel Légaut, un spirituel pour notre temps. Marcel Légaut (1900-1990), dont la particularité était d’associer la recherche spirituelle avec la vie communautaire.

Poursuivant cette approche, nous proposons chaque année des rencontres à la Magnanerie, située dans le village perché de Mirmande (Drôme).

L’œuvre de Marcel Légaut, habitée par une exigence d’authenticité humaine permet d’approcher les questions de l’existence que chacun se pose à un moment de sa vie.

Quelques nouvelles septembre 2019

LES TRANSPARENCES DU REEL - Marcel LEGAUT, août 1984 (Belgique)

Il est beaucoup de demeures dans la maison de mon Père a dit Jésus selon le IVe Evangile ; il y a aussi beaucoup d’antichambres ici-bas pour y introduire. C’est de l’une d’entre elles que je me propose ce matin de vous parler. Ce que je vais vous dire de la vie spirituelle proprement humaine et de la vie spirituelle spécifiquement chrétienne, relève donc d’une vue qui m’est personnelle. Je ne prétends pas vous exposer ce qui est communément pensé à ce sujet dans les Eglises et notamment dans la confession catholique à laquelle j’appartiens depuis ma jeunesse. Je vous livrerai simplement ce que je m’efforce de vivre à mesure qu’au long des années je le découvre à travers ma prise de conscience de la condition humaine et de cette grande et complexe réalité qu’est le christianisme.

PlataneMagn1Plus l'homme accroit ses connaissances sur le Monde de la matière et de la vie dont il est issu, d'un Monde qui se révèle à lui d'une immensité sans bornes dans le temps et l'espace, plus il se découvre infime et éphémère. C'est au point que rien ne peut lui donner l'image de cette disproportion extrême. Désormais, de nos jours plus encore que par le passé, à mesure que l'homme devient mieux conscient des conditions où il vit, il est fasciné davantage par cette disproportion écrasante. Malgré des auto-défenses instinctives elle ne cesse de s'imposer à son esprit en même temps que grandit sa science et que s'accroît sa lucidité. A certaines heures, l'homme ne peut pas ne pas se poser la question ultime : "qui suis-je" moi dont la vie est si brève et les moyens si bornés au sein de l'Univers impensable dans ses dimensions ? Sa réponse, véritable option de base, dicte sa destinée. Cette option est foncièrement enracinée en lui bien plus qu'elle n'est voulue et décidée par lui. Elle est lui plus encore que de lui. Cette option fonde le sens de ses jours ou au contraire leur dénie toute raison d'être.

Contrairement aux rêves où l’homme s’est laissé aller jadis, inspiré par son instinct vital et sous l’emprise de sa puérilité, ne serait-il pas simplement un phénomène accidentel de conscience, ne serait-il pas simplement un phénomène de la plus extrême précarité, de la plus extrême improbabilité, privé de sens dans un univers dont la seule raison d’être est d’exister ? La tentation est puissante de se suffire de cette vision des choses qui n’est pas sans grandeur pour celui qui y succombe. Et de même qu’à travers des milliers d’années-lumière nous voyons les astres naître puis s’éteindre, continuant à suivre immuablement leur trajectoire d’errance dans un univers démesuré de silence et de vide, l’espèce humaine ne va-t-elle pas elle aussi, après une émergence relativement récente disparaître à son tour ? Cette disparition ne va-t-elle pas laisser la terre redevenir une matière de nouveau inerte après qu’elle ait mûri quelques activités de vie, puis de conscience ? Et ce, jusqu’au moment où peut-être une autre émergence de vie, voire de conscience, apparaisse ailleurs pour ensuite disparaître à son tour ?

Oui, tel est le doute crucial que tout homme doit affronter, quand il approche tant soit peu de l’âge adulte, s’il a le courage de regarder le réel tel que maintenant celui-ci se manifeste objectivement à lui. Réel radicalement impassible, indifférent à toute notation morale, il se situe au-delà du bien et du mal qui relèvent du jugement de l’homme, cet être singulier et étrange que l’Univers a enfanté… Réel soumis à une loi de fer qui semble lui être consubstantielle et être la condition même de son existence.

Ce doute crucial ne prend-il pas l’homme à la gorge d’une façon encore plus directe quand celui-ci se trouve aux prises avec les bouleversements de l’histoire, avec les convulsions des sociétés et des civilisations ? La puissance de ces déchaînements emporte l’homme comme fétu de paille, le déracine de tout un passé, détruit devant lui tout avenir, broie sa destinée, l’enterre encore vivant dans le cimetière innombrable des oubliés définitifs.

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