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Voyage en Terre Sainte et prise de conscience

En juin 2023, nous avons fait un voyage en Israël, organisé par la revue Études des Jésuites. Nous étions accompagnés par François Euvé, jésuite, rédacteur en chef de la revue et Nathalie Sarthou-Lajus, rédactrice en chef adjointe. Notre guide était Luc Pareydt, jésuite attaché au consulat, responsable pendant 10 ans des lieux de culte en Israël, propriétés de la France. Proche de Tel-Aviv, à Jaffa, François Euvé célèbre une messe dans une église maronite. Un accueil convivial avec gâteaux et cafés est organisé par le prêtre maronite et sa femme. Rappelons qu’un homme marié peut devenir prêtre chez les maronites catholiques.

Nous continuons par la visite à l’université de Haïfa. La rectrice-adjointe est Mouna Maroun, première femme arabe à siéger à un tel poste, d’origine libanaise. Elle y dirige un département de neuro-sciences, sa spécialité est le stress post-traumatique TSPT. Cette université est la plus diversifiée et la plus inclusive en Israël : les étudiants arabes représentent 45% du corps étudiant alors qu’ils représentent 21% de la population. 50% des étudiants viennent de milieu socio-économique défavorisé tant chez les arabes que chez les Israëliens.

Nous nous sommes ensuite arrêtés à Jéricho où nous avons pu apercevoir l’arbre dans lequel Zachée était monté pour voir Jésus, un arbre qui lui ressemblait… Nous visitons une grande école tenue par des Franciscains italiens, le Frère Mario en est le responsable, il est présent depuis 12 ans. Il y a 3 niveaux : inférieur : 350 élèves ; moyen : 350 élèves ; supérieur : 350 élèves ; garçons et filles, musulmans et chrétiens. Les filles sont plus nombreuses dans les études supérieures.

Déjà une grande violence s’exerçait à l’époque : quand il y a des incursions, toute la ville est bloquée, des enfants sont tués ou blessés. Les problèmes sont quotidiens. Les Palestiniens sont bloqués dans leurs villes et ne peuvent pas voir leurs familles à 10 km de là. Il leur faut un visa fourni par les Israéliens pour se déplacer, ce qui est très difficile à obtenir, d’où cette impression d’être en prison dans leur propre ville ou village.

Présence de chrétiens, minorités d’une minorité.

Entre Tel-Aviv et Jérusalem, Ramleh, une ville de 80 000 habitants, est un laboratoire de l’être chrétien-arabe en Israël. Les Franciscains y ont leur première implantation avant 1296. C’était un lieu d’accueil des pèlerins sur la route de Jérusalem. Selon une légende, Nicodème et Joseph d’Arimathie viendraient de cette ville (impossible à vérifier historiquement). Cette ville est plutôt célèbre pour sa prison et sa mafia arabe. Moins de 20 % des crimes y sont élucidés, il n’y a pas d’argent pour la justice entre les arabes. Ramleh, c’est 22% d’arabes israéliens, avec ses églises, ses mosquées, ses synagogues. La majorité arabe est musulmane et compte seulement 4000 chrétiens dont 2000 sont grec-orthodoxes, 1500 latins, 300 melkites, 50 maronites et quelques anglicans et arméniens.

Les Franciscains y ont une école, les élèves y sont reçus de la maternelle au baccalauréat.

Quand on interroge Karlos, garçon de 22 ans sur son identité, sa première réponse est : « Je suis Israélien » puis vient « Chrétien, Arabe, Palestinien ».

L’école catholique est plus chère que l’école publique israélienne, les subventions vont très peu à ces écoles, les professeurs sont moins payés. L’école chrétienne coûte plus cher aux parents. En conséquence certains jeunes chrétiens arabes qui vont à l’école publique israélienne parlent mieux l’hébreu que l’arabe. La formation religieuse, les prières doivent donc être enseignées en hébreu et en arabe.

À Jérusalem, nous avons rencontré Marie-Armel Beaulieu. Elle est arrivée en Israël, sioniste et est devenue bénédictine. Quelques années après, elle est sortie de son ordre pour devenir journaliste à « Terre Sainte Magazine » éditée par les Franciscains. Elle nous expliquait qu’on pouvait aimer les deux peuples, qu’il ne faut pas laisser entrer la haine dans notre cœur. Nous n’avons pas à ajouter de la souffrance à la souffrance. Le narratif est biaisé des deux côtés.

Dans ce beau pays blessé, nombreuses sont les personnes qui travaillent pour la paix : par exemple Yonatan Zeigen, orphelin du 7 octobre 2023, dont la mère militante a été tuée ce jour-là. Elle était la fondatrice de « Women wage Peace », « Femmes pour la paix » qui milite pour l’égalité entre Palestiniens et Israéliens. Son fils veut continuer le combat. En hommage à sa mère, il a créé le prix : « Viviane Silver » décerné en novembre 2024 à la chrétienne palestinienne Dr Rula Hardal et à la juive israélienne May Pundak, co-directrice de l’organisation
« A land for All » « une Terre pour Tous ». Les activités n’obtiennent aucune reconnaissance, déplore Yonatan Zeigen. Ces associations sont marginalisées, réduites au silence parfois violemment. Nous pouvons aussi donner en exemple : « le cercle des parents endeuillés » qui a été créé en 1995. Il réunit des parents des deux camps qui ont le deuil en partage et le transforment en énergie positive au service de la paix.

Nous devions aller à Gaza mais ce n’était déjà pas possible. Des bombardements avaient lieu régulièrement, une guerre à bas bruit était présente. Les médias n’en parlaient que très peu. Une grande violence régnait dans les camps palestiniens et en Cisjordanie de plus en plus occupée par des colons israéliens qui se croient tout permis avec l’armée en soutien alors que c’est illégal au niveau du droit international.

En conclusion, les extrémistes des deux côtés rendent la situation intenable pour les deux peuples. Les volontaires de la paix et de la trêve vont-ils pouvoir changer le cours de cette guerre?

Jean-Yves POISSON