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Edito octobre 2020

 

En hommage au P. VALENSIN (1879-1953)

 

Quand je lui ai exposé mes doutes, Francis B. m’a conseillé de choisir pour mon éditorial un thème dont je ressentais le besoin de parler. Ceci se passait à la mi-août. Peu de jours après, je me suis souvenu de ce  que j’avais prévu et que j’avais oublié et qu’un brouillon de Juan Antonio R. pour le Bulletin de la Diáspora de ce mois de septembre me rappela. Il faisait allusion de façon voilée à mon attachement à « L’hypothèse défendue » du P. Valensin, penchant qui a fait que ce texte est connu à l’AML depuis des années[1]. Comme lors de la semaine de Mirmande en 2018, je l’ai présenté et j’ai vu qu’il n’était pas très connu ; j’avais noté d’en reparler en 2019, mais j’ai écrit sur un autre sujet et j’ai oublié mon idée bien que je l’avais notée.

 

 Je commencerai par un souvenir de la Magnanerie et une petite confidence. J’ai découvert « L’hypothèse... » à Mirmande, en 1977, à l’occasion de ma première visite à M. Légaut. Aux moments de la sieste et du calme, avant le topo de l’après-midi, je suis descendu plusieurs fois pour fouiner dans les grandes armoires du vestibule et du petit réfectoire. Quelle merveille ! La maison en silence et les étagères pleine de livres au parfum ancien, délicieux pour un jeune « raton » comme moi. Que sont devenus les nombreux livres de A. Loisy, H. Brémond et d’autres auteurs comme L’histoire du dogme de la Trinité du P. Lebreton, avec le nom de M. Légaut sur la première page, comme d’autres avec le nom de R. Masson par exemple ?

 

 Parmi tous, je choisis Regards I parce que je connaissais déjà le P. Valensin. Je commençai par l’introduction du P. Blanchet : « Un grand seigneur de l’esprit ». Le paragraphe en question m’attendait à la page 25 mais sans son titre[2]. Après la première impression de beauté, de précision et de courage dans le témoignage, je commençais à le ruminer, le traduire et le mémoriser. Ainsi, il est devenu partie prenante de mes archives minimum, avec quelques prières de Légaut et quelques poèmes, qui sont toujours dans ma mémoire… encore maintenant !

 

 

 Pourquoi Valensin ? Parce qu’en 1966, aux obsèques de mon père, un ami jésuite cita une de  ses phrases et parla des circonstances de sa mort et parce qu’après, je le lus un peu, pas beaucoup mais suffisamment pour savoir qu’il était disciple de M. Blondel (il avais lu et relu L’Action quand il avait seize ans et cela l’avait marqué !) et qu’il avait appuyé d’autres jésuites aussi en difficulté, comme P. Teillhard et H. de Lubac. Le P. Valensin fut une de mes entrées dans la crise moderniste avant de savoir qu’elle passionnait M. Légaut. De plus, le secret du P. Valensin (sa lointaine origine juive-espagnole et les difficultés que cela supposa de sa formation à sa mort) est une histoire, qui entr’autres, m’aide encore à entrer dans l’intelligence du passé et de l’avenir du christianisme avec ses grandeurs et ses misères.

 

 Mais voyons le texte :

 

Si, par impossible, à mon lit de mort, il m'était manifesté avec une évidence parfaite que je me suis trompé, qu'il n'y a pas de survie, que même il n'y a pas de Dieu, je ne regretterais pas de l'avoir cru ; je penserais que je me suis honoré en le croyant, que si l'univers est quelque chose d'idiot et méprisable, c'est tant pis pour lui, que le tort n'est pas en moi d'avoir pensé que Dieu est, mais en Dieu de n'être pas.

 

Le lecteur comprendra peut-être maintenant la raison de mon choix, de mon éblouissement et de mes préambules. Il n’y a pas de trésor sans un champ, il n’y a pas de découverte sans recherche et il y a des cadres qui aident à focaliser la force du tableau. Le devenir, la genèse d’une idée (son fieri) fait partie de l’acte de comprendre l’idée. Un argument tient sa force non seulement de sa logique mais du chemin personnel qui y mène, pour les questions auxquelles il répond et qu’il suscite[3]. C’est ce qui arrive avec « L’hypothèse... » du P. Valensin : sa force apparaît quand on réfléchit sur les sentiers qui mènent à elle et qui sortent d’elle. C’est pourquoi chaque lecteur a besoin de temps pour lire, relire et laisser naître ses affinités, objections et commentaires. C’est pourquoi celui qui propose de lire un texte comme celui-là doit se limiter à le présenter et signaler brièvement quelques points, au moins au commencement.

 

 J’en souligne quatre : 1/  « à mon lit de mort » un situation où coïncident l’ultime et la fin, situation pleine d’imagination et en ce sens très ignatiennne et aussi, pourrions-nous ajouter, très christiano-socratique ; 2/ le « même » qui est pour moi le bijoux verbal de l’ensemble car il est la marque subtile de la différence entre le théisme de la religion du père Cromagnon et le théisme fin, voisin de la religion en esprit et du « pur amour » ; 3/ la « foi en soi » qui traverse le texte ni seule ni nue mais vêtue d’un « costume séant »[4] car elle n’est unie qu’à deux dogmes ou croyances non explicitement chrétiens ; et 4/ l’ « être », dit de  Dieu, qui malgré tout « n’est ni comme nous sommes »[5] ni comme est le monde. Mais mntenant, comme l’espace pour cet Édito se termine, je laisse le développement de ces quatre points pour une autre occasion. J’en prends note de toute façon !...

 



[1]Mis à part le fait  de la donner à connaître à plusieurs reprises, se reporter à deux articles dans les Cuadernos des la Diáspora 6 (1997) et 15 (2003).

[2]Le titre de « L’hypothèse défendue... » se trouve dans : VALENSIN Auguste, Autour de ma foi, Paris, Aubier, 1948. p.56. Un grand, petit livre. L’hypothèse est apparue avant, sans la locution « par impossible », dans : VALENSI N, Auguste  "Notes diverses à la traduction de Fichte, «L’Essence de la Théorie de la Science»", Archives de Philosophie, Vol. IV Cahier II, Paris, Beauchesne, 1926, p. 125.

[3]C’est le cas de l’argument de Saint Anselme selon Jaume Bofill dont L’Oeuvre philosophique est une de mes lectures de base, pas seulement en philosophie.

[4]M. Légaut parle  « d’un costume séant au coeur et à l’intelligence du croyant de foi » en :  L-V, Deux chrétiens en chemin, Aubier, 1978, p. 95.

[5]Voir le début de la Prière III.