Quelques nouvelles janvier 2026
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Devenir disciple de Jésus (9)
Enfin c'est la confrontation avec les trois grands de ce monde. On n'a pas l'impression qu'il ait beaucoup fréquenté les autorités de son temps pendant les mois de sa vie publique. La première est la confrontation avec Hérode, ce n'est rien, n'insistons pas. La confrontation avec Pilate, c'est un petit peu mieux, un brave type, haut fonctionnaire et il fait comme tout haut fonctionnaire, il essaie toujours d'arranger les choses avec le minimum de frais. C'est tout de même un homme qui croit aux songes de sa femme. Mais la grande confrontation, la confrontation éternelle, le sens de sa vie, c'est la confrontation avec le Grand-Prêtre, la confrontation entre deux autorités qui se réclament de Dieu. L'autorité du Grand-Prêtre avec, derrière lui, des siècles d'un peuple religieux, élu de Dieu, et l'autorité de Jésus qui monte en lui sans aucun papier pour la justifier, la sienne. L'autorité qui conserve ce qu'elle a reçu en se conservant et l'autorité qui crée en se livrant. Cette confrontation est éternelle et sera toujours dans l'Église. En elle il y aura toujours ces deux autorités qui seront face à face, l'autorité qui conserve en se conservant et l'autorité qui crée en se livrant.
La croix, la mort de Jésus sur la croix, tout ce qui lui avait été donné concrètement, histori-quement, pour prendrepetit à petit conscience de sa mission, de sa grandeur, ces succès, cette puissance qui sortait de lui, cet écho qu'il trouvait dans les cœurs... tout cela lui est enlevé. Il meurt nu sur la croix. Mais la vraie nudité de Jésus n'est pas dans la nudité de son corps, elle est dans la nudité de sa foi. La foi se justifie elle-même, elle peut s'aiderdes événements, des rencontres, des circonstances, de la société, de l'Église même, pour naître, mais en véritéla foi de cette grandeur unique peut s'engendrer elle-même en Dieu, où elle relève de Dieu.
Et après, cette chose singulière, comme dit l'Écriture, ce renversement singulier, qui fait que, dans la mentalité desdisciples, ce qui était une fin tragique devenait un commencement. Ce qui est objectif dans la résurrection, laPentecôte, dans tout ce qui s'est passé après la mort de Jésus, dans tous ces charismes singuliers, c'est queces hommes, après avoir cru que c'était la fin dans le désespoir, sans que rien de l'extérieur soit changé,découvrent que cette fin est un commencement et toute l'Église en est née. Ce qui est objectif dans tout ce qui s'est passé après la mort de Jésus, c'est cette radicale transformation de mentalité qui fait que le désastre devient unevictoire. Et tout ce qui est subjectif, toutes les manières dans tout ce qui s'est manifesté à travers la chair, la vue,les sens, à travers l'émotion et que l'on découvre à travers les charismes.
Voilà comment moi, je vis Jésus. Je le vis à mes risques et périls mais je pense que, si bien des détails peuvent êtrefaux, si bien des choses ne sont pas encore vues, l'ensemble doit être à peu près vrai. En tout cas, c'est ainsi pour moi et c'est ainsi que Jésus m'est présent. Cette présence est d'un tout autre ordre que la leçon de catéchisme que j'ai pu apprendre jadis et que je pourrais répéter avec conscience tout au long de ma vie. Plus je vis ce que je dois vivre, plus je suis mu par ce que je dois vivre, plus je comprends par le dedans ce que Jésus lui-même a vécu. C'est ce que j'appelle « être disciple ». (fin)
Marcel LÉGAUT - Bruxelles 1976
Articles et Conférences - Ed. Xavier Huot
Cahier 8, Tome II p.279-280
Edito janvier 2026
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HOSPITALITES
Il n’y a pas de culture ni de lien social
sans un principe d’hospitalité
Jacques Derrida
Le Monde du mardi 2 décembre 1997
Lorsque l’arc-en-ciel des cultures humaines
aura fini de s’abîmer dans le vide creusé par notre fureur,
tant que nous serons là et qu’il existera un monde
– cette arche ténue qui nous relie à l’inaccessible
demeurera, montrant la voie inverse de celle de notre esclavage.
Claude Lévi-Strauss,
Tristes tropiques.
Quand tu me parleras, ce sera
de cette part de toi-même que tu ignores
et sur laquelle tu es sans pouvoir.
La part qui m'est proche.
Maurice Bellet,
Le lieu du combat
Il est des paroles rencontrées qui, par leur puissance d'éveil, demeurent en nous comme un secret en attente d'un nouvel éveil : attente qui ne se sait que dans l'après coup. Dans l'insu, cet éveil s'avère la mémoire de notre premier éveil.
Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement.
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CUCHET, Guillaume.
Paris : Seuil, 2018, 284 p., 21 €
En France, en 1872, 98 % des 36 millions d’habitants étaient catholiques. Et envoyaient aux commandes de l’État, par les urnes, des majorités laïques voire anticléricales, sans que l’on ait réfléchi à
cette contradiction. Depuis, le catholicisme a reculé. Les 18-50 ans non affiliés au catholicisme sont près de 50 %, et l’Islam, avec cinq millions de fidèles, est devenu la seconde religion du pays. Selon une enquête réalisés en 2017, l’épiscopat estime qu’un tiers d’une génération est baptisée dans les sept ans et que le taux de pratique dominicale (tous les dimanches) est de… 1,8 % (p. 16, note 15). Et de s’interroger sur le décrochage, international (au Québec, un film, Un heureux naufrage en rend compte). Pour étudier ce décrochage, Guillaume Cuchet s’attache aux Matériaux pour l’histoire religieuse du peuple français, du chanoine Boulard qui livre une « auto-analyse sociologique » sur la pratique religieuse en France dans les années 1945-1965. Un premier chapitre du livre de Guillaume Cuchet décrit cette enquête qui révèle une grande variété de situations, en particulier, les trois pôles géographiques majeurs de la France chrétienne : le grand Ouest ; l’Est lorrain, alsacien et jurassien ; le rebord sud-est du Massif central (Haute-Loire, Tarn, Lozère, Aveyron). Démêler le rural de l’urbain ainsi que les conséquences des guerres mondiales, amènerait à penser une déchristianisation antérieure aux guerres, à la politique laïque et anticléricale de la IIIe République, voire, au XVIIIe siècle. Immanquablement, pour Cuchet, la Révolution française porte sa part de responsabilité : « La politisation de la question religieuse a été, en France, pour toute une partie de la population, un facteur de longue durée de dévitalisation religieuse » (p. 80). Certes, demeure un attachement à la culture catholique : la géographie des dons aux « œuvres » ou du don du sang atteste de valeurs, comme un style politique étranger aux extrêmes, des rites de passage ou l’attachement au patrimoine culturel. Toutefois, sans pratique, cette culture « s’en ira avec la seconde parce que leurs destins sont liés » (p. 84).
À la droite du père. Les catholiques et les droites de 1945 à nos jours
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À la droite du père. Les catholiques et les droites de 1945 à nos jours, Seuil, 2022, 783 p.,
Ouvrage collectif sur la direction de Florian Michel et Yann Raison du Cleuziou.
Si les droites en France ont été explorées par les travaux de René Rémond (La Droite en France, 1954, et ses rééditions), l’analyse du vote des catholiques restait un angle mort : les 3/4 des catholiques ont continué à voter à droite durant la période de 1945 à nos jours. Certes, un travail de défrichage a eu lieu, mais seuls les extrêmes ont été labourés, ne serait-ce que LMPT (La Manif pour tous). Le choix des responsables est double :
- Assurer un développement chronologique qui rend compte des évolutions, avec de 1945 à 1958, la Libération et la revanche des démocrates chrétiens, le MRP et ses figures, dont on découvre, pour Pierre Pflimlin (plusieurs fois ministres et dernier Président du conseil de la IVème), son passé d’extrême-droite. Puis de 1958 à 1974, une interrogation : la Vèmeest-elle une république moderne et catholique ? Et de 1974 à 1997, une oscillation entre modernisation et restauration, avec une marginalisation du catholicisme : en 1966, 24 % des Français assistent à la messe dominicale ; en 1975, 13,5 % ; en 1986, 11 %. Avec certes l’appui de l’élection de Jean-Paul II en 1978. La dernière période (1997-2022) décrit un âge où le catholicisme est minoritaire, « se recompose avec ceux qui restent », « les catholiques de gauche étant devenus quasiment invisibles dans l’espace public ». Selon les besoins des uns et des autres, on trouvera là une synthèse informée de cette période.


