Étrange sacrement que le mariage. Certes les (futurs) conjoints échangent leur consentement devant un prêtre, ce qui donne lieu à un acte contenu dans un registre, mais leur alcôve va être canalisée par une réflexion pontificale, surveillée par la confession et la visite épiscopale effectuée paroisse après paroisse. Advint en 1968 un événement majeur : la non-réception d’une encyclique, Humanæ Vitæ avec son cortège d’abandons. Alors qu’au départ, le Décalogue est clair : il s’agit de ne pas commettre l’adultère, et de ne pas convoiter la femme (ou la servante) du voisin.
Sur ce thème, Martine Sevegrand nous aide à faire une révision générale du XXe siècle, en s’appuyant certes sur les textes « officiels » mais aussi en faisant une enquête sur le terrain (ainsi l’acquéreur des éditions tradi Téqui, Pierre Lemaître, a fait l’objet d’une enquête) ou dans les archives ecclésiastiques : à Metz, les papiers de Mgr Schmitt sur le concile Vatican II ; à Paris, le journal d’un prêtre homosexuel.
Ce qui ressort in fine de cette révision, c’est le souci absolu de la papauté quant à l’immutabilité et de la doctrine et de la morale sexuelle, celle-ci couvrant un champ important, avec le souci d’imposer sa loi à l’ensemble des citoyennes et des citoyens. Et donc un prédécesseur ne peut s’être trompé, voire avec Jean-Paul II, l’établissement d’une « catégorie nouvelle ; le définitif » (p. 212). Ainsi le Droit canon de 1983 établit que « le Pontife suprême, en vertu de sa charge, jouit de l’infaillibilité dans le magistère lorsque, comme Pasteur et Docteur suprême de tous les fidèles auquel il appartient de confirmer ses frères dans la foi, et il proclame par un acte décisif une doctrine à tenir sur la foi ou sur les mœurs. »
Étrange (re)lecture, en juillet 2025, d’un des acteurs décrits dans cet ouvrage : les « mémoires » de Marc Oraison (1914-1973), médecin, prêtre, l’un des introducteurs de Freud dans l’Église avec sa thèse à la Catho de Paris en 1951 relatant, dans Ce qu’un homme a cru voir (Robert Laffont, 1980), les conseils des autorités du Vatican – le Saint-Office – qui l’ont convoqué : une prière à la Vierge le soir, après des pâtes, un verre de Chianti et les questions sexuelles s’effacent. En sortant de cet entretien, Marc Oraison de s’interroger : est-il fou ou sont-ils fous ? Et de conclure que ce sont eux. Martine Sevegrand développe les mises à l’Index et les mises à l’écart qui s’ensuivent (p. 14 et 200). La crédibilité du discours élaboré par la Papauté, au long du XXe siècle (mais pas seulement), est interrogée.
Dominique Lerch
